Ueda Akinari – La maison dans les roseaux et autres contes


Littérature / vendredi, septembre 1st, 2017

D’une belle écriture descriptive, l’œuvre d’Ueda Akinari nous transporte dans le Japon merveilleux de cette époque. L’accent est mis sur les sentiments des personnages ainsi que sur les descriptions des lieux et des paysages ruraux où les personnages évoluent lentement et vaguent à leurs occupations quotidiennes tout en songeant à un autre.

Ces textes sont, en effet, tournés vers des pensées altruistes. Songer à une personne aimée qui n’est pas là, qu’on ne peut pas rejoindre, et dont on a aucune nouvelle à une époque où les déplacements et les moyens de communication sont restreints, ou encore la découverte d’autrui tel qu’il est réellement, est très certainement le point central de ces contes. D’une mère courtisane et d’un père inconnu, Ueda Akinari (1734-1809) est recueilli par un riche marchand de papier nommé Ueda qui fit de lui son héritier. Durant son enfance, il contracte la variole qui paralyse ses doigts. Il en reprit miraculeusement l’usage et attribua cette guérison au dieu Inari, le dieu-renard, ce qui développa fortement sa spiritualité visible dans l’ensemble de ses œuvres fantastiques. Grande figure littéraire au Japon, Ueda Akinari nous offre ce recueil de quatre nouvelles poétiques qui décrivent systématiquement des individus unis par des liens forts : amitié, fraternité, jalousie, respect, amour ou trahison sont autant de thèmes abordés à la fois avec douceur et gravité.

à cette heure, le soleil, déjà, avait sombré à l’occident ; sous les nuages de pluie sur le point de tomber, il faisait sombre, mais, se disait-il, il ne pouvait s’égarer, puisque c’était un village qu’il avait longtemps habité ; il allait, écartant les herbes de l’été : l’antique pont s’était écroulé dans le cours de la rivière, et le sabot des poulains n’y résonnait plus ; les champs, délaissés, étaient retombés en friche, et l’on n’y distinguait plus les chemins d’antan ; les demeures de ceux qui avaient vécu là n’existaient plus.

Le premier conte, Le rendez-vous aux chrysanthèmes, nous livre l’histoire de deux hommes devenus frères de cœur. L’un d’eux, un guerrier, décide finalement de partir régler ses affaires en promettant une date de retour à son ami. Ueda Akinari nous décrit alors la difficile attente du personnage jusqu’au jour où le fantôme du guerrier vint honorer sa parole. Ce dernier explique alors qu’il avait préféré mourir, pour que son fantôme puisse plus rapidement rejoindre son ami, que de trahir sa promesse. L’atmosphère de ces nouvelles est tout aussi agréable que oppressante et nous montre que la vie est hors de contrôle de la volonté humaine. Une immersion culturelle à réaliser même si le lecteur n’est pas habitué à l’univers asiatique. Reconnu comme une figure littéraire japonaise à découvrir absolument, les œuvres d’Ueda Akinari donnent les bases des perceptions nippones sur des grands sujets de l’humanité.

Informations
La maison dans les roseaux et autres contes
UEDA, Akinari
Gallimard, 2014
ISBN : 978-2-070-45719-9

Syneha aime lire, écrire – des phrases beaucoup trop longues –, voyager, jouer aux jeux vidéo, en particulier les RPG Japonais, et regarder des films asiatiques à gogo, surtout ceux qui donnent des frissons tout partout ! Végétarienne au caractère lunatique qui passe du rire aux larmes bien trop facilement, elle se prend à rêver à des utopies à la Star Trek ou encore une romance à la Pocahontas – au détour de la rivière sous un saule pleureur-mamie gâteaux.

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