Thaïlande, le pays du sourire


Carnets de voyage, Cultures et sociétés / mardi, septembre 12th, 2017

Un petit road trip en Thaïlande, au pays du sourire, ça vous tente ? Avant d’entreprendre un voyage dans une culture totalement différente de la sienne, il est important de connaître les choses à faire et à ne surtout pas faire !

Un climat chaud, une gastronomie épicée, des gens souriants, de magnifiques forêts primitives, de gigantesques marchés florissants entre les immeubles et les pagodes… De quoi vous faire rêver si vous recherchez un peu de changement. Mais au-delà du coté paradisiaque et touristique de la Thaïlande se cache une culture très complexe et traditionnelle qui ponctue la vie de la population locale.

La Thaïlande, une culture spirituelle

En Thaïlande, on peut apercevoir deux objets de cultes bien différents : les maisons aux esprits, san phra phum et les pagodes bouddhiques, les wat. Les premières sont des petites maisonnettes à l’intérieur desquelles on retrouve des statues représentant les esprits de la maison, de la famille et du territoire. La tradition thaïe veut que l’on remercie les esprits d’une maison, d’un restaurant ou d’une auberge avant d’y séjourner sous peine de se retrouver avec un esprit collé sur le torse durant votre sommeil ! Les Thaïs sont nombreux à en prendre soin, à leur donner des offrandes en espérant chance, bonheur et fortune. Néanmoins très peu de touristes se plient à cette tradition de même que beaucoup de jeunes thaïlandais. Cette tradition provient d’une culture animiste antérieure à l’arrivée du bouddhisme en Asie du Sud-Est. Celui-ci est apparu vers le VIe siècle avant notre ère avec la naissance de prince Siddhartha Gautama, le Bouddha, l’homme éveillé.

Petite histoire du bouddhisme

Selon Frédéric Lenoir, dans son livre Socrate, Jésus, Bouddha : trois maîtres de vie (2009), Siddhartha vécut en tant que fils de roi une enfance et une adolescence à l’abri des difficultés de la vie. Un jour, il se lasse des plaisirs de cette vie bienheureuse et commence à s’ennuyer, il demande alors à son écuyer de l’emmener en dehors de l’enceinte du palais. Au cours de sa vie, le futur Bouddha n’avait vu que des individus jeunes et en bonne santé soigneusement choisis par son père dans l’espoir que son fils ne connaisse jamais les quatre tristesses de l’existence : la vieillesse, la maladie, la mort et la souffrance. Lors de ses promenades répétées hors du palais, Siddhartha apprit l’existence de la souffrance en apercevant sur son chemin un vieillard, un malade et un mort. En voyant un dernier individu, un ascète, illuminé par sa méditation quotidienne, le jeune prince quitta son palais et décida de parcourir son pays dans l’espoir de trouver une solution à la souffrance de l’Homme. Pendant sa fuite vers le monde extérieur, il abandonna à son écuyer la totalité de ses biens, se rasa le crâne et entama la voie du renoncement. Lors de son errance dans la forêt, il reçut le nom de Gautama, celui qui est doté d’une sagesse digne de louanges, et rejoignit deux maîtres yogis dans leur méditation (Frédéric Lenoir, 2009). Très vite, il les dépassa et comprit que le yoga ne lui permettrait pas d’échapper au samsâra, la roue de l’existence. Ensuite, Il rejoignit une communauté de cinq ascètes qui prônaient le sacrifice de soi pour atteindre la libération. En vivant cette vie de souffrance et de privation, Siddhartha Gautama n’atteignait toujours pas la libération du cycle de renaissances qu’il attendait. Au final, il comprit que la voie de l’équilibre était la seule source de paix intérieure : il commença alors à se nourrir correctement, il reprit la route, avant de s’installer sous un pipal où il combattit le démon Mâra et atteint l’illumination en une nuit. C’est ainsi qu’il fut appelé Bouddha, l’éveillé. Au bout de sept jours d’hésitation, il se décida à parcourir le continent asiatique en proclamant la loi bouddhique, le Dharma.

Être bouddhiste est ressenti comme un prestige pour les thaïs. Évitez ainsi toutes blagues, insultes ou moqueries envers un bonze ou le gouvernement thaï si vous ne voulez pas risquer de sérieux ennuis.

Un bouddhisme national

Le bouddhisme s’est étendu vers l’Asie du Sud-Est par l’action de deux missionnaires : Sona et Uttara envoyés par l’empereur indien Asoka au IIIe siècle avant Jésus-Christ. Le bouddhisme a inspiré le peuple thaï dans son ensemble et a donné lieu à des réactions, des lois et à des rituels et festivals divers. Les croyances thaïes sont souvent considérées comme issues exclusivement du bouddhisme alors qu’elles découlent en réalité d’un mélange religieux plus ancien mélangeant animisme, brahmanisme et bouddhisme. Le bouddhisme theravâda présent en Thaïlande se fonde sur plusieurs principes. Premièrement, le monde fonctionne selon l’ordre du Dharma et est régi par le roi-divin. Sa majesté le roi Bhumipol Adulyadej, est vu comme l’incarnation de la Thaïlande et du peuple thaï. Gardien moral du pays et symbole éternel de l’unité, de la culture et de la fraternité des Thaïlandais, le roi Rama IX est admiré et respecté par ses sujets qui ressentent clairement de la dévotion à son égard. Ses origines divines (le dieu Vishnu) lui confèrent les qualités de compassion, de bienveillance, d’intégrité personnelle et de puissance intellectuelle. Deuxièmement, les hommes ainsi que l’organisation sociale sont soumis à la loi du karma, la loi de rétribution des actes. Aussi, le bouddhisme thaï correspond à un ensemble de valeurs et d’attitudes qui sont transmises par le fait d’être thaï et par une identité nationale forte. Être bouddhiste est ressenti comme un prestige pour les thaïs. Évitez ainsi toutes blagues, insultes ou moqueries envers un bonze ou le gouvernement thaï si vous ne voulez pas risquer de sérieux ennuis. La loi de karma explique qu’il n’y a pas de hasard dans la position sociale des êtres. Chaque individu se trouve où il doit être c’est-à-dire là où ses actes passés l’ont fait naître (Louis Gabaude, 2001). Par exemple, si un animal est né animal, c’est qu’il n’a pas mérité d’être un homme ou qu’il était dans sa vie antérieure, un homme mauvais. Dans l’imaginaire bouddhique, on naît sous un bon roi parce qu’on le mérite. Les Thaïs pensent ainsi être nés Thaïs sous un bon roi parce qu’ils ont réalisé de bonnes choses dans leurs vies antérieures. Ne vous étonnez pas de voir l’inscription « Long live the King » sur des bus, des objets, des murs d’immeubles souvent accompagnée du portrait du roi. Ceci montre l’influence de la spiritualité thaïe sur la politique. Petite anecdote à ce sujet : un bon nombre de politiciens thaïs demandent une prédiction astrologique avant de prendre une décision politique qui influencerait le pays. De même, les Occidentaux sont souvent perçus comme ayant un bon karma, puisqu’ils sont nés dans des pays riches. Quoi que vous fassiez, un Thaïlandais pensera que vous êtes plutôt riche. Ainsi les étrangers paient souvent plus que la population locale pour entrer dans certaines pagodes ou sites touristiques. Négociez absolument les prix au marché et dans les magasins même si les prix sont indiqués sur les pancartes. Ils sont facilement triplés ! Aussi, l’agressivité ou la colère se présentent comme des vices en opposition avec les valeurs bouddhiques. S’énerver apparaît alors comme une faiblesse et une soumission à ses émotions.

Les bonzes se rasent le crâne, les sourcils et le menton et mendient leur nourriture auprès des laïcs […] qui attendent leurs passages. La population locale obtient alors des « bons points de karma » lorsqu’elle nourrit un bonze.

Respecter la sangha, la communauté bouddhique

La sangha représente la communauté bouddhique gérée par les bonzes, bhikkhu ou phra pixu qui prêchent le Dharma et qui représentent l’autorité morale par excellence. Vêtus d’une robe orange, les bonzes symbolisent l’idéal de détachement bouddhique pour la population locale. Les jeunes thaïlandais de sexe masculin se retirent trois mois pour une retraite bouddhique dans une pagode, généralement durant la saison des pluies, afin d’apprendre plus en profondeur les préceptes bouddhiques et vivre à la place du bonze qu’ils respectent. Ils passent alors d’homme ordinaire, khon dip (homme cru) à khon suk (l’homme cuit). À l’instar du service militaire d’antan, cette retraite est perçue comme une obligation morale et sociétale et concerne toutes les classes sociales. La population locale nourrit les membres de la sangha grâce à des offrandes monétaires ou de nourriture. Ainsi si un bonze vous demande de l’argent, il est très mal vu de refuser ! Véritable régulateur de crise sociale, la sangha permet aux hommes ayant commis de mauvaises actions (bap) de prendre un nouveau départ en tant que bonze. Pour devenir membre de la sangha, un homme doit avoir au minimum 20 ans et ne doit avoir ni tué ni volé, et accepter une vie d’abstinence et de contemplation. Un bon nombre d’interdictions sera alors à suivre : ne pas voler, ne pas mentir, faire preuve d’abstinence, s’interdire de boire de l’alcool et se priver des divertissements qui peuvent exciter les sens. Tout homme peut quitter la sangha quand il le souhaite, ce n’est ni une obligation ni un choix définitif. Les bonzes se rasent le crâne, les sourcils et le menton et mendient leur nourriture auprès des laïcs (c’est-à-dire les individus qui ne possèdent aucun statut religieux) qui attendent leurs passages. La population locale obtient alors des « bons points de karma » lorsqu’elle nourrit un bonze. Les Thaïs vont également consulter les bonzes pour beaucoup d’aspects de la vie sociale. Ces derniers donneront leurs avis sur le choix d’une date importante, pour la réalisation d’un souhait, d’une bénédiction ou d’une guérison.

Le wat, centre de la vie communautaire et religieuse, symbolise la demeure du Bouddha en tant que divinité vivante.

La prière au wat

La pagode nommée le wat en Thaïlande est la place du Bouddha et des divinités par excellence. Il s’agit d’un lieu saint où les individus peuvent entrer en contact avec les divinités et prier pour la réalisation de leur souhait. À l’intérieur, on y trouve des statues du Bouddha, des bodhisattva, de saints bonzes, de dieux ou encore des reliques du Bouddha. Une prière ou une cérémonie bouddhique commence par les traditionnels dons d’offrandes (fleurs, encens, bougies, eau parfumée, nourriture). Il est nécessaire d’enlever ses chaussures avant de s’agenouiller devant l’autel. Les offrandes de fleurs et d’encens sont placées entre les mains de l’individu avant la prière devant l’autel. Les Thaïlandais les déposent ensuite sur de petites tables prévues à cet effet. Les encens sont habituellement au nombre de trois en l’honneur des trois joyaux du bouddhisme (Bouddha, Dharma, Sangha). Les individus prient alors en apposant leurs mains collées avec les doigts pointés sur le ciel sur leur front puis déposent celui-ci sur leurs mains posées au sol. Et ceci trois fois de suite. En Thaïlande, la prière au wat est réalisée dans l’espoir d’obtenir quelque chose en échange d’offrandes. Obtenir de la chance, de l’argent, une bonne santé, la promesse d’une vie meilleure pour eux ou leurs proches en échange d’offrandes ou de donations. Le wat, centre de la vie communautaire et religieuse, symbolise la demeure du Bouddha en tant que divinité vivante. Respecter ce lieu est très important dans la culture thaïlandaise. Aussi n’oubliez pas d’enlever vos chaussures avant d’entrer dans un wat et que pointer du doigt les statues du Bouddha ou des divinités est mal perçu.

Un pays en plein développement économique et industriel

Le royaume de Thaïlande est un pays membre de l’ASEAN, situé entre la Birmanie à l’ouest, la Malaisie au sud, le Cambodge à l’est et le Laos au nord-est. Avec environ 8 millions d’habitants, la ville de Bangkok en tant que capitale d’Asie du Sud-Est apparaît comme une véritable fourmilière, peu accueillante pour les touristes à la recherche de calme et de traditions. La Thaïlande est également un pays où se regroupent un bon nombre d’expatriés occidentaux notamment une communauté française importante. On retrouve aussi diverses minorités ethniques comme par exemple les Lao du Nord-Est, les Malais des provinces méridionales ou encore les divers groupes ethniques (Karen, Lahu, Lisu et Meo). Évitez les treks proposés pour voir ces « zoo humains » car en plus d’être perçu comme un touriste de base à l’éthique douteuse, vous ne verrez que ce qu’ils veulent bien vous montrer.

On peut parler d’une véritable envolée de la Thaïlande depuis ces dernières années mais la hausse de la consommation, de l’industrialisation et l’intensification de l’agriculture posent de graves problèmes environnementaux au pays. La Thaïlande a surexploité son environnement et a détruit ses forêts primitives. Malgré la création de grands parcs nationaux, cet environnement ne pourra plus jamais être retrouvé. Le tourisme florissant en Thaïlande ainsi que la création de stations balnéaires ont grandement contribué à la détérioration de l’environnement terrestre et marin (rejets de déchets, pollution des cours d’eau, etc.). L’urbanisation a fortement mis à mal l’environnement : l’automobile et l’activité citadine en continue dans les grandes villes ont pollué l’air ambiant et les nappes phréatiques. L’eau courante n’est donc pas buvable en Thaïlande ! Le tourisme de masse en saison haute provoque beaucoup de problèmes liés à l’environnement. Les allers et retours systématiques des bateaux contribuent à la destruction de la faune et de la flore et polluent le milieu aquatique. Aussi, la hausse de la consommation, l’industrialisation et l’intensification de l’agriculture épuisent les ressources naturelles du pays. Ce qui pose un problème aux populations présentes sur le sol thaïlandais qui vivent majoritairement de l’agriculture et de la pêche.

Syneha aime lire, écrire – des phrases beaucoup trop longues –, voyager, jouer aux jeux vidéo, en particulier les RPG Japonais, et regarder des films asiatiques à gogo, surtout ceux qui donnent des frissons tout partout ! Végétarienne au caractère lunatique qui passe du rire aux larmes bien trop facilement, elle se prend à rêver à des utopies à la Star Trek ou encore une romance à la Pocahontas – au détour de la rivière sous un saule pleureur-mamie gâteaux.

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