Sidération et dissociation, les mécanismes du cerveau en cas d’agression


Cultures et sociétés / jeudi, septembre 28th, 2017

La sidération et la dissociation : des réactions naturelles, humaines et physiques qui peuvent survenir lorsqu’une personne fait face à une agression. La sidération et la dissociation sont des phénomènes peu connus du grand public. Ce manque de partage d’informations et de connaissances est bien souvent dévastateur pour les victimes d’agressions, car il suscite l’incompréhension et le jugement glacial de l’opinion publique.

Des préjugés sur le viol

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semblait primordial d’expliquer les raisons pour lesquelles j’ai choisi d’aborder ce sujet. Comme je l’ai déjà affirmé dans un précédent article, je suis très attachée au féminisme et à ses valeurs. Or, il se trouve qu’un grand nombre de victimes d’agressions sexuelles vivent cette expérience de sidération et de dissociation. Souvent elles sont jugées consentantes parce qu’elles n’ont pas pu ouvertement dire « non » à leur agresseur. Pire encore, les victimes ne comprennent pas pour quelles raisons elles n’ont pas dit « non » et acceptent de porter un blâme qu’elles ne devraient en aucun cas prendre pour charge. Car, oui, dans les films, on nous vend presque systématiquement le viol comme un acte qui exerce plus une pression physique que psychologique. Si la victime ne se débat pas et ne hurle pas à la mort, il y a de grandes chances pour que l’opinion publique considère qu’elle était consentante. Mais la réalité est tout autre, et les victimes d’agressions sexuelles sont majoritairement tétanisées lors des faits.

Le cas de Sarah, 11 ans

Ceci est d’autant plus grave que, le 26 septembre 2017, en France – … – une jeune fille prénommée Sarah et âgée de 11 ans a été considérée par des juges comme étant consentante parce qu’elle n’a pas ouvertement refusé d’avoir des relations sexuelles avec son agresseur de 28 ans, Sereinte. Plongeons plus encore dans l’horreur. L’agresseur, qui n’est même pas jugé pour viol – le parquet ne reconnaissant pas les faits tels qu’ils sont –, a tenu des propos à vous glacer le sang :

Vous savez, maintenant, les filles sont faciles.
Avant, à mon époque, il fallait rester au moins un an avec une fille pour la baiser, mais maintenant c’est en dix minutes.

Et la victime, ne comprenant pas ce qui lui est arrivé, de penser :

Papa va croire que je suis une pute.

En lisant l’article de Mediapart et l’article paru sur le site Madmoizelle, j’ai eu la nausée. Un mélange de tristesse, d’incompréhension et d’horreur s’est emparé de moi.

Vous pouvez aussi agir en signant la pétition créée pour rendre justice à Sarah.

Les vidéos de Marinette

Pour toutes les victimes d’agressions ayant vécu ces situations de sidération et de dissociation sans en avoir conscience, les vidéos de Marinette sur le sujet sont presque salvatrices.

Cette jeune femme a elle-même vécu ces phénomènes à un moment de sa vie où elle ne les connaissait pas. Dans une première vidéo, très poignante, elle revient sur les faits. Suivie, en pleine nuit, par deux hommes alors qu’elle approchait de son domicile, Marinette s’est retrouvée mise à genoux par ses agresseurs qui en ont ensuite profité pour la toucher contre son gré. Marinette ne s’est pas débattue, n’a pas crié, n’a pas tenté de fuir. Elle voyait la scène « d’en haut ». Et même si elle pensait à un stratagème pouvant contrer l’agression qu’elle subissait, son corps refusait tout simplement de le mettre à exécution. La jeune femme a échappé au pire grâce à l’intervention de voisins bienveillants. En se relevant, elle s’est aperçu que, pendant toute la durée de l’agression, elle avait gardé ses mains dans ses poches. Une position qui la hantera et lui donnera ce sentiment culpabilité qui la poursuivra longtemps.
À la recherche de réponses, Marinette croise la route de Muriel Salmona, psychiatre et psychotraumatologue spécialisée sur les phénomènes de sidération et de dissociation. Muriel Salmona est particulièrement active dans la lutte pour la protection des victimes de violences. Elle a notamment fondé l’association Mémoire traumatique & victimologie, écrit des articles sur la sidération et la dissociation, s’est engagée aux côtés de Stop au déni… Dans cette interview réalisée par Marinette, Muriel Salmona explique, de manière simple et accessible, ces réactions physiques et naturelles peu connues. La spécialiste revient plus précisément sur les différents aspects de la sidération et de la dissociation dans une seconde vidéo composée de quatre parties :

  • La stratégie de l’agresseur ;
  • Quand la dissociation dure ;
  • La prise en charge de la mémoire traumatique ;
  • Les solutions.
  • La sidération et la dissociation

    La spécialiste Muriel Salmona définit ainsi le phénomène de sidération :

    La sidération est un état psychologique de paralysie face à une situation qui dépasse l’entendement, qui va paralyser […] tout l’espace psychique. La personne qui est sidérée se retrouve dans l’impossibilité de réagir, de parler, de bouger.

    … et celui de dissociation :

    [La dissociation est une] déconnexion émotionnelle, ça donne un sentiment d’irréalité, d’être déconnectée de la réalité, d’être spectatrice de l’événement et de ne plus ressentir ce qui se passe, ni la douleur ni les émotions, comme si c’était irréel, comme si on était à l’extérieur de l’événement et que l’événement ne nous concernait pas.

    Elle souligne également le fait que l’on reproche souvent aux victimes les symptômes de la sidération et de la dissociation qui, pourtant, prouvent l’existence du traumatisme. D’autant plus que ces phénomènes désorientent la victime qui ne connaît plus les détails de l’événement ayant provoqué le traumatisme en question, et peuvent également la contraindre au silence. La sidération et la dissociation font donc l’apanage des agresseurs qui l’utilisent à la fois pour agresser leurs victimes et pour se défendre lorsqu’ils sont amenés à répondre de leurs actes.
    D’autre part, la sidération et la dissociation peuvent affecter, durablement, la façon qu’a la victime de gérer le traumatisme. Cette dernière pourra se retrouver dans des états similaires dès lors qu’elle sera confrontée à un événement qui lui rappellera l’agression à l’origine de ce traumatisme non assimilé. Elle mettra donc en pratique une des deux stratégies de survie :

  • Les conduites d’évitement, qui consistent en un isolement de la victime et un contrôle de son environnement.
  • La dissociation continue, qui se traduit souvent par une addiction et des conduites à risque et de mise en danger.

    Ces mécanismes de protection peuvent avoir des conséquences dramatiques sur la santé et la vie des victimes. On apprend également dans ces vidéos que les agresseurs peuvent se retrouver en état de sidération et de dissociation. La différence principale entre les agresseurs et les victimes réside dans le fait que l’agresseur cherche volontairement à se retrouver dans cet état afin de commettre une violence sans qu’il se sente limité ou retenu d’une quelconque façon.

    Ai-je été victime d’un viol ?

    Cette méconnaissance des phénomènes de sidération et de dissociation demeure donc catastrophique car elle entretient la culture du viol dans nos sociétés. Dans les cas de viols où il y a sidération et dissociation, non seulement la victime ne sera souvent pas considérée comme violée, mais elle pourra même douter d’avoir été victime d’un viol et portera alors une culpabilité qui n’a pas lieu d’être. Il existe aujourd’hui un dispositif mis à disposition des personnes ayant un doute sur la nature de l’agression qu’elles ont subie. Il s’agit du programme Viols-Femmes-Informations organisé par le Collectif féministe contre le viol.

    S’il a le mérite d’exister, on peut en effet reprocher quelques choses à la publicité présente autour de ce programme : d’une part les victimes de viols, si elles sont en majorité de sexe féminin, peuvent aussi être de sexe masculin ; d’autre part, la vidéo réalisée montre, encore une fois, un cas où la victime a exprimé de vive voix son désaccord et occulte de ce fait les victimes sidérées ou dissociées.

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