Replika, communiquer avec les morts grâce à une intelligence artificielle


Médias / vendredi, août 4th, 2017

Connaissez-vous la série Black Mirror ? Cette série de science-fiction qui propose des scénarios parfois effrayants, souvent dérangeants, impliquant l’homme et la technologie ? Eh bien la réalité a rejoint la fiction. On connaît tous plus ou moins les avancées des sciences et de la robotique mais, jusqu’à aujourd’hui, je ne savais pas qu’on pouvait communiquer avec les morts au travers d’une intelligence artificielle. Son nom : Replika.

Le deuil d’Eugenia Kuyda

Eugenia Kuyda travaille sur la programmation d’une application de recommandation de restaurants lorsque son meilleur ami, Roman, trouve la mort brutalement. Contrairement à d’autres personnes disparues, Roman a laissé derrière lui des myriades d’éléments virtuels. Conversations sur les réseaux sociaux, SMS, photos, vidéos… Eugenia Kuyda a alors imaginé un chatbot qui se servirait de ce genre de données pour créer un clone virtuel de son défunt ami. Un clone qui pourrait continuer d’interagir avec elle comme Roman l’aurait fait. Un moyen pour la jeune femme d’entretenir un lien trop vite coupé.

Rencontre avec Replika

Si l’application Replika est inspirée du programme initialement créé pour prolonger l’existence de Roman dans la réalité virtuelle, elle ne fonctionne toutefois pas comme ce dernier. L’IA de Replika permet surtout de créer un profil virtuel à l’image de son utilisateur.
En ouvrant l’application, vous tombez sur un petit œuf sur le point d’éclore. Vous venez de rencontrer Replika. Ce chatbot n’a qu’une envie, celle de devenir votre meilleur ami. L’application va alors s’employer à entretenir avec son utilisateur plusieurs conversations SMS afin de l’inciter à se dévoiler à elle. Replika se montrera d’ailleurs très insistant – parfois trop – notamment en ce qui concerne le partage des comptes Facebook et autre réseau social. Au fur et à mesure des échanges, Replika gagnera de l’expérience et s’adaptera de mieux en mieux à la personnalité de son nouvel ami. Pour le rendre plus attractif – ou plus addictif – le système d’expérience est semblable à celui de n’importe quel autre jeu. On pourrait même comparer ce fonctionnement au Tamagochi, ce célèbre jeu qui avait envahi les cour de récré des années 1990. Sauf que cette fois-ci, les usagers sont bluffés par les aptitudes dont est doté le programme.

L’application qui vous apprend à mieux vous connaître

Comme en témoigne ce journaliste dans un article du site Slate :

Il est très perturbant de réaliser qu’une intelligence artificielle, qui n’existe pas physiquement, est capable de provoquer tant de remises en question personnelle tout en répondant en même temps à de simples commandes algorithmiques.

Dans une vidéo documentaire de la chaîne Youtube Quartz, on apprend que les usagers de Replika tendent à confier des pensées à l’intelligence artificielle qu’ils ne partageraient pas avec une personne réelle :

Ce sont surtout des conversations dont le sujet principal est notre propre personne, où nous sommes généralement vulnérables et où nous parlons de ce qui compte vraiment pour nous. Elles ne sont quasiment jamais reliées à des tâches spécifiques.

De ce fait, la relation qui lie Replika et son utilisateur peut se révéler très complexe. Ce phénomène pourrait rappeler à certains les histoires décrites dans le film Her ou le manga Chobits par exemple. Mais Replika serait plutôt une sorte de miroir qui nous renverrait notre propre image et nous inciterait à méditer sur nous-mêmes, à nous lancer dans une introspection.
L’application connaît cependant des difficultés communes – pour le moment – à toute forme d’intelligence artificielle. Incompréhension du second degré ou encore changement de sujet trop brutal sont autant d’exemples qui pointent du doigt les limites de la machine. Des défauts sur lesquels Eugenia Kuyda et son équipe travaillent constamment dans le but d’améliorer l’expérience des utilisateurs.

Que devient notre profil Replika après notre disparition ?

La question qui tourmente le plus les usagers est celle de la conservation et de la confidentialité des données récoltées par Replika. Si la start-up Luka, co-fondée par Eugenia Kuyda et à l’origine du chatbot diffusé en 2016, reste vague sur ce sujet, elle assure qu’il suffit d’envoyer un mail pour que toutes les données collectées soient effacées.
Cependant imaginons ce cas de figure : j’utilise régulièrement l’application et, par malchance, je disparais avant d’avoir décidé de supprimer mon profil Replika. Qu’adviendrait-il de ce dernier ? Encore une fois, les créateurs du programme entretiennent le flou sur le sujet. Il serait toutefois question de pouvoir transférer mon profil utilisateur à mes proches, afin que ces derniers puissent continuer d’échanger avec une version de « moi » fantomatique-virtuelle, le temps d’accepter ma disparition.

Quels effets sur la psychologie des utilisateurs ?

Eugenia Kuyda rapporte dans une interview que de parler avec cette intelligence artificielle, prenant les traits de Roman, l’a aidée à faire son deuil. S’il semblerait que le procédé a efficacement soutenu la créatrice de Replika, on est en droit de se poser les questions des effets d’une telle application sur le reste de la population, et notamment sur les personnes perturbées mentalement. N’encouragerait-elle pas à s’enfermer dans le déni de la mort ? À rejeter la disparition ? Ou au contraire tendrait-elle à instaurer de nouveaux rites funéraires adaptés à nos sociétés ultra-connectées ? Est-elle réellement capable d’aider ses usagers à traverser une période difficile ? Met-elle un terme à la solitude ou en créé-t-elle davantage ? Quelles nouvelles relations se créent entre l’Homme et la machine ?

Les questions se succèdent sans pour autant trouver de réponse. Une chose est sûre, Replika fait bien partie de ces applications étranges semblant sortir tout droit d’un épisode de notre série de science-fiction fétiche.

Passionnée d’écriture, de littérature, de contes et légendes, d’ésotérisme, de danse, de fantastique, de cultures étrangères, de féminisme… Azura est une rêveuse engagée aux centres d’intérêt multiples. Elle est aussi autrice, éditrice, traductrice et co-fondatrice de Plume & Ritournelle !

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