Prends soin de maman, la force du lien maternel


Littérature / mardi, septembre 12th, 2017

NOM ET PRÉNOM : Pak Sonyo
DATE DE NAISSANCE : 24 juillet 1938 (69 ans)
DESCRIPTION : cheveux poivre et sel, courts et permanentés, pommettes saillantes, chemisier bleu clair, veste blanche, jupe plissée beige.
LIEU DE DISPARITION : station de métro Gare de Séoul.

Que peut-on bien écrire sur une affiche signalant la disparition de sa maman ?

Maman a disparu

Séoul, de nos jours. Les enfants d’une famille coréenne originaire de la campagne se rassemblent dans la capitale pour rechercher leur mère. Cela fait une semaine que Pak Sonyo a disparu. Ils chargent une de leur sœur, romancière, de rédiger l’avis de disparition. Cette dernière réalise soudain qu’elle n’a pas les mots, qu’elle ne sait plus. Maman est-elle née en 1936 ou en 1938 ? Qui était vraiment cette femme qui a consacré sa vie à ses enfants, à sa famille ? Quand maman, pourtant si importante, a-t-elle commencé à devenir une étrangère ?

Quand tu venais chez elle à l’improviste, elle se confondait en excuses à propos de la cour qui n’était pas nettoyée ou de la literie qui n’était pas lavée. Elle inspectait le contenu du réfrigérateur et, malgré tes efforts pour l’en dissuader, allait faire des courses. Être en famille, ça signifie qu’après le repas, l’on peut vaquer à ses occupations sans être gênés par le fait que la table n’a pas été débarrassée. Devant cette mère qui voulait te cacher les traces du désordre quotidien, tu avais pris conscience de ce que tu étais devenue pour elle – une invitée.

À la pensée de cette vieille dame, fragile et déboussolée qui ne sait pas lire, perdue dans les rues bondées de Séoul, la culpabilité de la romancière grandit. Comment cela a-t-il pu arriver ? Elle sonde alors sa mémoire à la recherche d’un souvenir, n’importe lequel, qui pourrait la mettre sur la piste de sa mère. Elle se remet en question, se remémore le passé, reconnaît ses erreurs et, sans le savoir, part à la rencontre de la personne qu’elle appelle « maman ».

Une mère et une fille se connaissent parfaitement, ou pas mieux que si elles étaient deux étrangères.

Qui est maman ?

Prends soin de maman est un roman émouvant empli de tendresse et de fragilité. L’héroïne, ébranlée par la disparition de sa mère, dévoile toute sa vulnérabilité. Véritable ode à l’amour maternel, ce livre nous pousse à réfléchir sur la place que nous accordons dans nos vies urbaines, si occupées, à cette personne si spéciale. Pour l’héroïne, la présence de cette dernière était si naturelle qu’elle ne la remarquait plus. Aurait-elle pu être plus attentionnée ? Plus attentive ?

Elle avait dégagé sa main pour caresser ton dos – cette grande main qui autrefois te débarbouillait le visage.
– Tu parles bien, t’avait-elle complimentée.
– Moi ?
Elle avait hoché la tête.
– Oui, tu racontes bien.
– Ça t’a intéressée ?
– Oui, ça m’a intéressée.
– Ce que je viens de raconter t’a intéressée ?
Tu t’étais sentie émue. Tu t’étais aperçue alors que tu avais visité cette bibliothèque. Comment te comportais-tu depuis que tu étais partie pour la ville ? Tu lui reprochais de ne pas te comprendre.

C’est avec l’énergie du désespoir et rongée par la culpabilité que la romancière se lance à corps perdu à la recherche de cette mère de famille dévouée. Une recherche effrénée à courir contre le temps, son pire ennemi. Combien de jours sa mère pourra-t-elle tenir seule dans ces rues hostiles ? Cette recherche bien physique amène également une quête psychologique : qui est maman, qui suis-je ? En découvrant le passé de la vieille dame, le lecteur part aussi à la rencontre d’une Corée rurale qui, aujourd’hui, n’est plus. Si on y retrouve également des aspects de la culture et des traditions coréennes qui sont utilisés dans de nombreuses autres œuvres artistiques coréennes, cet ouvrage propose tout autant de nouvelles découvertes. Un voyage au cœur des relations familiales et de la culture coréennes.

Shin Kyung-Sook et Prends soin de maman

Née le 12 janvier 1963 dans la campagne sud-coréenne, Shin Kyung-Sook est issue d’un milieu très pauvre. Sa famille ne peut lui offrir de faire des études. Adolescente, Shin Kyung-Sook doit donc se rendre à Séoul pour travailler comme employée dans une usine et suivre des cours du soir. Elle finira par sortir diplômée de l’Institut des Arts de Séoul et entame sa carrière d’écrivaine en 1985. Auteure d’une dizaine de romans, elle est également la première femme sud-coréenne à recevoir le Man Asian Literary Prize pour son livre Ommarul putakhe, traduit en 19 langues dont en français sous le titre Prends soin de maman.

Prends soin de maman est un roman poignant. Il se lit avec une facilité déconcertante tout en partageant, sans filtre, les sentiments, peurs et espoirs de la narratrice. Il s’agit là d’une belle découverte qui nous pousse à vouloir en apprendre plus sur la culture et la littérature coréennes.

Informations
Prends soin de maman
엄아룰 부탁해 (Ommarul putakhe)
Shin Kyung-Sook, 2008
Oh ! Éditions, 2010
ISBN : 978-2-266-20207-7

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