Nietzsche – La Généalogie de la Morale


Littérature / mercredi, juin 6th, 2018

Nietzsche et la morale, un long débat nous attend dès lors que nous commençons à parler de philosophes. Son oeuvre polémique Généalogie de la Morale publiée en 1887 s’inscrit dans la suite de Par-delà bien et mal publié en 1886. Le philosophe allemand cherche, au travers d’arguments dits historiques, linguistiques et philosophiques, d’expliquer l’origine de la morale, des valeurs du bien et de mal, des bons et des mauvais et des bons et des méchants, tout cela avec un style d’intellectuel syphilisé bien caractéristique de cet auteur (avouez-le c’est stylé quand même). Honnêtement, il est nécessaire de lire deux ou trois fois la même phrase avant d’en comprendre réellement le sens (et encore on n’est jamais trop sûr.e avec cet auteur). Mais Nietzsche est mort, alors tout n’est-il pas permis ?

Constitué de trois dissertations sur différents sujets, cet écrit pose les bases des valeurs issues du judéo-christianisme établies actuellement comme étant les bonnes (pitié, culpabilisation, refoulement des instincts et des sentiments – cet homme du ressentiment nietzschéen) pour finalement les critiquer. Car ces valeurs supposent une récompense ou une punition dans un monde surnaturel – en dehors de la nature – comme le paradis ou l’enfer. Le monde naturel, terrestre, celui des instincts, du corps et des sentiments est alors dévalorisé. Peut-on alors parler réellement de morale ou plutôt de régulation par une autorité suprême transcendantale agitant son lot de récompenses et de punitions ?

Selon les époques et les formes d’organisations sociales (aristocraties guerrières, sacerdotales, etc.), les valeurs et les mots définissant ces valeurs ont constitué des morales différentes. Loin des morales absolues, Nietzsche donne l’exemple du bon et du mauvais de l’aristocratie guerrière. Le bon étant le noble, le fort, le puissant et le mauvais étant le paysan, le misérable, le faible. Puisque dans le monde naturel, le faible reste souvent misérable, mauvais, et le puissant apparaît comme riche, fort et par extension bon. Un glissement s’est alors effectué avec l’arrivée du judéo-christianisme et de la classe sacerdotale. Le faible renverse la balance, en promettant un monde meilleur en dehors des frontières de la réalité physique (le paradis). Les premiers seront les derniers et autres joyeusetés. Il devient le bon parce qu’il fait preuve de pitié et qu’il transforme ces anciens puissants, ces anciens bons, en méchants. L’important n’est donc plus de dominer dans la nature, il ne faut plus être puissant pour être bon, au contraire. On comprend maintenant quelles raisons poussent Nietzsche à se positionner ainsi : la morale est humaine, non pas divine ou absolue, et la morale contemporaine issue du christianisme n’est, pour lui, que faiblesse.

Il faut évidemment replacer l’auteur dans son contexte, au sein d’une Allemagne fière, de quelques décennies avant la première Guerre mondiale. Une vision du monde peu relativiste et absolue caractérise l’ensemble de ses écrits. Quoi qu’il en soit, Nietzsche surprend encore aujourd’hui. Il passe aisément d’explications concrètes qu’il pense scientifique à des considérations philosophiques parfois douteuses et parfois merveilleuses. Qui n’a jamais rêvé devenir un sur-homme nietzschéen – dommage que la condition de la Femme était si peu enviable à son époque, j’aurais aimé un lire pavé philosophique sur la sur-femme volontaire, autonome et responsable !

Néanmoins, son oeuvre reste fondamentalement rattachée à son époque. Le caractère violent de ces écrits polémiques, ses distinctions entre civilisations dites primitives et civilisations dites modernes, son évolutionnisme culturel maintenant dépassé et discriminant, en font un auteur à prendre avec des pincettes. Cependant, il défend ici une idée que je partage – celle que l’Humain définit sa propre morale en fonction de son histoire et de sa culture, sans intervention divine extérieure.

Entre un racisme et un sexisme caractéristiques de son époque, il choque autant qu’il fait rêver par son humanisme et sa fierté de l’Homme. Il critique le naïf alors qu’il en est un. Son utopie du sur-homme trouve rapidement ses limites. Sa vision apocalyptique d’une Europe sur le déclin causée par l’arrivée des malades et des misérables manque cruellement d’objectivité et de relativisme culturel.

Fondamentalement anti-religions monothéistes, Nietzsche perçoit l’Humain comme étant au centre de tout – une pensée humaniste au final. C’est bien l’être humain qui crée la morale et les notions de bien et de mal de par son histoire et l’organisation sociale de ses sociétés. Nul besoin d’un Dieu pour établir des valeurs absolues et immuables. Au cours de l’évolution de l’Homme, les valeurs de bien et de mal, de bons et de mauvais ont ainsi glissé, se sont transformées selon l’histoire des sociétés, leur époque, leur organisation sociale et politique et leur religion – une pensée que j’affectionne qui donne encore une fois à l’Humain la place centrale au sein de sa propre évolution.

Syneha aime lire, écrire – des phrases beaucoup trop longues –, voyager, jouer aux jeux vidéo, en particulier les RPG Japonais, et regarder des films asiatiques à gogo, surtout ceux qui donnent des frissons tout partout ! Végétarienne au caractère lunatique qui passe du rire aux larmes bien trop facilement, elle se prend à rêver à des utopies à la Star Trek ou encore une romance à la Pocahontas – au détour de la rivière sous un saule pleureur-mamie gâteaux.

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