La crise existentielle de la vingtaine


Pensées / samedi, avril 13th, 2019

Il s’agit là d’une réflexion personnelle sur cette période que l’on appelle « la vingtaine ». Une étape de nos vies bien plus périlleuse qu’il n’y paraît, tant d’événements s’y succèdent qu’on a vite fait de perdre la tête. D’autant plus que la façon dont nous gérons les péripéties auxquelles nous sommes confronté.e aura forcément un impact sur l’adulte que nous serons demain…

Insouciance, je fais de toi mon royaume…

À vingt ans rien n’est impossible, le monde vous appartient et il n’est que promesses. Vous sortez à peine du lycée et ne savez fichtrement pas qui vous êtes et encore moins ce que vous voulez. Mais le plus beau, c’est que vous êtes certain.e du contraire et que, de toute façon, vous vous en foutez… royalement. Bref, pas tout à fait – voire pas du tout – sorti.e de l’adolescence, vous ressemblez vaguement à une pâte à modeler extrêmement malléable, qui s’inquiète d’entrer dans le moule des diktats de notre société. Votre capacité de réflexion personnelle est limitée, mais vos sens de l’observation et vos idéaux sont exacerbés. La plupart du temps, vous croquez la vie à pleine dents, dans la limite de vos moyens financiers – autrement dit, très limités, sauf si l’autorité parentale est bien lotie et généreuse – et n’écoutez que votre instinct, ne poursuivez que vos rêves. En somme, le tout début de la vingtaine c’est l’apanage de la stupidité et de l’insouciance. Car, oui, vous êtes magnifique.s ! Vous êtes exceptionnel.le.s ! Mais vous ne savez strictement rien, que ce soit sur vous, sur les autres ou sur le monde qui vous entoure. Du moins c’est ce qu’on ne cesse de vous répéter, mais vous n’en avez cure, et c’est tant mieux ! Ces années sont précieuses, elles portent en elles la rage de la jeunesse. C’est superbe, et c’est aussi un moteur essentiel pour la suite. Comme l’enfance l’est à la vie, ce début de vingtaine est votre phase d’apprentissage de ce qu’est un adulte ici-bas, même si vous ne le savez pas encore. Qu’importe, pour le moment toutes ces histoires compliquées que l’on vous raconte sur « la vie d’adulte » vous semblent bien lointaines. En vérité, les vampires, la bête du Gévaudan et tant d’autres mythes et légendes sont plus réels que cette chose étrange nommée « la vie d’adulte ».

Les premières gamelles

Puis, bien trop tôt, arrive la première gamelle. Elle est rapidement suivie d’une deuxième, d’une troisième, d’une quatrième… et, soudain, elles sont tellement nombreuses que vous arrêtez de les compter. Le sort s’acharne, pensez-vous, mais un jour le ciel vous sourira de nouveau, vous en êtes sûr.e. Ce serait une erreur de vous dissuader de penser ainsi, il le faut si vous voulez survivre à cette étape chaotique. Toute cette farandole de roulés-boulés n’est en fait qu’un processus qui vous déconstruit pour mieux vous reconstruire. Après tout, ce n’est que la société qui tente de vous formater à son image. Vous vous prenez des murs et vous apprenez à faire avec. Votre première feuille d’imposition, votre première confrontation avec les institutions qui vous méprisent vous, votre jeunesse et votre porte-feuille désespérément vide, les frais ahurissants nécessaires juste pour se maintenir en vie, votre premier appartement minuscule plein de moisissures et beaucoup trop cher que vous ne pouvez pas vous payer et qui détruit vos espoirs d’indépendance… Mais vous tenez bon ! Vous êtes un.e warrior personne ne peut vous retirer ça ! Vous n’abandonnerez pas si facilement, non, non et non, rien ni personne ne vous enlèvera vos rêves, vos passions et vos espoirs !

Les vicissitudes du passage à l’âge adulte

Cette transition funeste s’opère sans doute autour des 25 ans. Un jour, vous vous rendez compte que peu d’entre vous ont tenu bon face à la première étape douloureuse. Certains, peut-être les plus pragmatiques, ont déjà abandonné et ont trouvé un moyen de se complaire sans trop se poser de questions dans ce que l’on tente de vous imposer. Quelles que soient leurs raisons, elles sont toujours compréhensibles et vous les respectez. Mais c’est en vous regardant dans le miroir que vous prenez conscience de plusieurs choses, de nombreuses choses même, propres à chacun.e, mais notamment celles-ci :

  1. Que vous l’entendiez ou non, on ne cesse de vous seriner que vous devez grandir.
  2. Vous tentez de faire cohabiter ce que vous êtes et ce que l’on attend de vous.
  3. Votre insouciance a mystérieusement disparu, et vous vous rendez compte que la stupidité ne vous quittera jamais (elle n’a jamais quitté personne).

Pour le premier point vous savez pertinemment que ce n’est qu’une pression sociale supplémentaire mais, bizarrement, son poids vous semble de plus en plus intenable. Votre réussite professionnelle est passée au crible, vous êtes constamment jugé.e, souvent rabaissé.e. Le deuxième point est une solution temporaire pour pallier au premier, vous le savez et vous cherchez une solution définitive à ce problème, pourtant rien ne vient. Mais, le plus terrible est sans doute le troisième point, car il est malheureusement irréversible. Seul.e au milieu de cette foule qui va contre vous, vous vous laissez, bien malgré vous, entraîner par le courant de la normalité, quand vous vous retrouvez soudain au bord d’un gouffre sans fond, un précipice dont l’immensité vous échappe. Vous l’observez quelques secondes, luttez – parfois de toute vos forces – mais vous laissez finalement happer par cette dégringolade sans fin et inévitable. Sans le savoir, vous avez abandonné vos rêves et vos espoirs tout en haut du pic duquel vous chutez. Et vous tombez, tombez, tombez…

De la désillusion à la renaissance ?

Cette phase est encore incertaine et bien mystérieuse. Il s’agit de la dernière partie de la vingtaine.
Vous avez touché le fond, vous le savez, l’impact a été suffisamment douloureux et vous l’avez senti passer. Pourtant, vos mésaventures n’ont pas encore pris fin. Vous avez cédé face à « la vie d’adulte », vous avez ployé le genou, que pouviez-vous faire d’autre ? La fuite n’était pas une solution durable. La douleur était trop forte et la pression trop grande. Alors pourquoi vous sentez-vous si mal ? Plus mal encore que lorsque vous luttiez corps et âme sur le pic ! Vous ouvrez les yeux et ne voyez que putréfaction nauséabonde. Autour de vous, des personnes qui pataugent gaiement, qui trouvent leur compte envers et contre tout. Quelques visages familiers, trop peu nombreux, vous observent avec le même air incrédule et hébété que vous sentez se dessiner sur votre visage. Eux aussi sont tombés et eux non plus ne comprennent pas. Au-dessus de vous, un brouillard si épais, une véritable purée de pois, vous empêche ne serait-ce que d’imaginer l’horizon. C’est alors que vous la voyez, là, au-delà cette masse informe et nocive, cette petite flamme briller de toutes ses forces. En observant bien, vous devinez qu’il s’agit de vos rêves et de vos espoirs qui vous appellent et vous conjurent de ne pas baisser les bras. Mais ils sont si loin, si haut et l’escalade de cette falaise semble si rude… impossible. Alors vous vous réfugiez ou vous pouvez et vous observez. Votre patience est mise à dure épreuve. Et puis, non. Finalement, rester dans cette fange vous semble tout aussi impossible que d’escalader cette montagne. Vous prenez votre courage à deux mains, et vous entamez l’éternelle poursuite de ce qui vous paraissait autrefois si évident. Vous comprenez que découragement, épreuves et difficultés seront votre lot quotidien. Mais rien n’est pire que de rester coincé.e en bas, là où tout espoir est mort, où tout rêve a depuis longtemps été oublié. Vous finissez par apprendre que les visages familiers sont là pour vous apporter le sourire quand tout semble perdu, ce n’est qu’avec eux que vous y arriverez. Une rumeur court selon laquelle certains auraient atteint le sommet… Alors pourquoi pas vous ? Et, le plus beau, c’est que vous n’aviez jamais été aussi sûr.e de ce que vous vouliez.

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