Home Sweet Home, l’horreur du folklore thaï…


Chroniques, Revues / lundi, juillet 26th, 2021

Le folklore thaïlandais est de plus en plus présent dans la pop culture mondiale. L’œil occidental était déjà habitué à une horreur nippone esthétique et vengeresse, aux aspects de femmes élancées aux cheveux d’un noir de jais vêtues de blanc. Sadako (Ringu), Kayako (Ju-on), Oiwa (Yotsuya kaidan) ou la magnifique Tomie (Junji Ito Collection), figures d’une vengeance féminine, dominaient depuis des années l’horreur asiatique teintée d’apparitions spectrales lugubres. On pourrait parler de l’exception sud-coréenne et leurs thrillers macabres, des nouvelles perles du cinéma de genre malaisien et philippin et leurs légendes réactualisées à l’écran, ou encore de Girl from Nowhere (Kongdej Jaturanrasamee, 2018), série critique et horrifique thaïlandaise qui nous offre une nouvelle image de l’horreur karmique au féminin avec le personnage de Nanno… mais aujourd’hui parlons jeu vidéo !

Et tiens, un san phra phum particulièrement flippant

Home Sweet Home est un jeu d’horreur (Yggdrazil Group & Unreal Engine) basé sur les légendes thaïlandaises et les croyances en les phii. On y retrouve un bon nombre d’éléments traditionnels thaïs comme la maison aux esprits, le san phra phum, très respectée par la population locale et qui permet aux individus d’échanger des offrandes (encens, nourriture, alcool, etc.) contre des bénédictions ou tout simplement pour éviter la colère de l’entité vivant à l’intérieur de cette maisonnette. En Thaïlande, la relation humain·e·s à esprits est basée sur l’échange. Respecter les phii (notamment les esprits-ancêtres de la lignée) et leur donner les offrandes qu’ils aimaient de leur vivant, permet d’augmenter sa chance ou plutôt son karma. Ainsi, plus une personne sera riche, plus elle pourra avoir un san phra phum sophistiqué, plus les phii lui accorderont de chance. Une source de prestige donc qui peut également devenir le siège de terribles malédictions, et de communication avec une surnature thaïlandaise.

Home Sweet Home se veut très narratif, l’histoire nous conte la vie de Tim, un homme dévasté par la disparation mystérieuse de Jane, sa femme. Après un temps de souffrances à penser à sa situation dramatique, il se réveille dans un lieu inconnu et lugubre, et se retrouve rapidement à devoir éviter un esprit rancunier féminin armé d’un cutter. Comment va-t-il survivre ? Qui est cet esprit qui semble le pourchasser ? L’environnement se transforme et il émerge d’un recoin de sa propre maison. Son habitation lui apparait alors comme des ténèbres informes, à la spatialisation effrayante, qui égarent un Tim à la recherche de quelques sombres secrets cachés. Suivant petit à petit les indices sur la localisation de Jane, Tim se retrouve dans une étrange maison faite de bois sombre et fera la rencontre d’un preta à l’allure de squelette-zombie gigantesque. Cette créature, connue sous le nom de gaki au Japon, se retrouve dans de nombreux folklores et diverses cultures asiatiques. Issu d’abord de l’hindouisme (où il désignait le premier état des trépassé·e·s), il devient suite à l’influence du bouddhisme l’état d’attente entre la mort et la réincarnation karmique. Durant cette période, la famille endeuillée doit engager divers rituels pour permettre à l’esprit du·de la défunt·e de se réincarner. Si elle faillit à ces obligations, l’esprit risque de devenir un preta indéfiniment. Ce dernier apparait comme une des mauvaises voies du cycle de la réincarnation, un esprit torturé, incapable de satisfaire ses désirs insatiables. Souvent assimilés aux oni japonais, la colère des preta ou des gaki est apaisée par certains rituels et festivités comme l‘O-Bon, la fête des fantômes.

Le preta est donc un démon à la faim et à la soif insatiables de l’imaginaire bouddhique, puis deviendra plus globalement synonyme d’ogres, de fantômes ou de mauvais esprits affamés des folklores asiatiques plus populaires. Tim devra d’ailleurs le calmer à l’aide d’une offrande de nourriture pour pouvoir continuer son périple. Il revient alors dans sa maison aux allures irréelles avant de découvrir un portail de sang qui le conduira dans une école hantée….

Un preta colossal prêt à punir les péchés…

L’histoire continue, nous plongeant de plus en plus dans les abimes de cet étrange enfer, ainsi qu’au sein de cette horreur folklorique aux créatures autant soumises à la loi du karma que ses protagonistes. Suivant pas à pas les indices qui le mènent à Jane, Tim devient alors un enquêteur digne d’un point & click horrifique à la Lovecraft

Pour le grand bonheur des amateur·rice·s de folklore, Tim découvrira toujours plus de créatures étranges et horrifiques au fur et à mesure de son avancée dans l’histoire du jeu.

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