Être féministe en 2017


Pensées / lundi, juillet 24th, 2017

Pourquoi te dis-tu féministe ?

Une question plus complexe qu’il n’y paraît. Cet élan sociétal pour la liberté et l’égalité de tous suscite les passions les plus folles depuis que nous l’avons nommé. Hué ou dénigré au cours de son histoire encore jeune, ses valeurs sont régulièrement bafouées. La définition même du féminisme n’est pas bien connue de tous et donc, malheureusement, souvent détournée de son sens premier. J’affirme donc ici haut et fort : oui le féminisme œuvre pour l’avancée de l’humanité, non le féminisme n’est pas une volonté des femmes d’être supérieures à leurs homologues masculins ! Et oui je suis féministe et je n’ai pas honte de l’être !

Qu’est-ce que le féminisme ?

Contrairement à une idée très répandue, les féministes ne souhaitent pas supplanter leurs collègues masculins à toutes les positions de pouvoir. Les féministes ne souhaitent pas non plus établir une société matriarcale – sortir de la société patriarcale que nous connaissons serait suffisant. Ce n’est pas non plus un rassemblement de femmes hystériques soumises à leurs hormones qui n’ont rien de mieux à faire dans leur vie que de râler. Non. Être féministe ce n’est pas forcer les femmes à ne plus porter de mini-jupes ou de maquillage, à ne plus porter le voile, à devenir lesbienne, à avoir une vie sexuelle bien remplie, à avorter, etc. Le féminisme est un mouvement social qui lutte pour que toute femme puisse être libre d’être qui elle est, pour que tous les humains soient libres et égaux indépendamment de leur sexe. Tout simplement.
Oui, on l’oublie trop souvent mais la femme souffre – encore aujourd’hui contrairement à ce que certain(e)s veulent nous faire croire – d’injustices. Et ce dès l’enfance. Le jour où les hommes et les femmes seront égaux, réellement égaux, alors peut-être parlerons-nous seulement d’humanisme et plus de féminisme. Ce mouvement lutte contre une organisation de la société qui porte préjudice à la condition de femme et qui est assimilée à la normalité.
À ceux qui disent « Mais vous avez gagné vos droits ça ne vous suffit pas ? » Je réponds : vous vous fourvoyez. Certes, la cause féministe a – heureusement ! – remporté certains de ses combats dont les plus connus seront le droit de vote et la possibilité d’avorter légalement dans des conditions décentes. Mais non, ce n’est pas tout. Un simple exemple : il n’y a toujours pas d’égalité salariale entre hommes et femmes à même poste, même expérience. Non seulement il nous reste des droits à acquérir, mais en plus nous devons constamment lutter pour que ceux qui sont théoriquement déjà acquis ne disparaissent pas d’une manière ou d’une autre. De plus, si c’est une chose importante d’établir des règles de société qui soient justes pour tous, il faut également considérer la perception de l’entité dite féminine telle qu’elle a été construite dans la société patriarcale instaurée depuis… toujours ? Le féminisme c’est donc aussi se battre contre des préjugés et des discriminations, volontaires ou non, et forger une éducation commune qui respecte la femme (et au final chacun) pour ce qu’elle est.

Comment devient-on féministe ?

Le féminisme n’est pas inné. Comme le disait une grande dame, Simone de Beauvoir pour ne pas la citer, « on ne naît pas femme, on le devient ». (D’ailleurs, je vous conseille son livre, Le Deuxième sexe, c’est tout simplement brillant et magnifique.) C’est un processus, une construction, un apprentissage. J’ai peut-être moi-même un jour fait partie de ces personnes qui, parce qu’elles ne comprennent pas, peuvent dire « je ne suis pas féministe parce que je ne suis pas pour que les femmes soient supérieures aux hommes ». Et je n’en suis pas fière, loin de là. Il ne suffit donc pas de disposer d’organes génitaux féminins pour se dire féministe. En effet, vous vous rendrez bien vite compte que les femmes sont nombreuses dans le camp des « Le féminisme ça ne sert à rien. », ou celui des « Les droits des femmes ? Pour quoi faire ? ». Avoir conscience de son statut de femme dans la société et de la place que celui-ci nous confère est une condition essentielle et primordiale. Mais, dans nos sociétés, toutes les femmes n’ont pas les moyens de se rendre compte qu’on les force, à leur insu, à remplir un rôle et/ou une position qui peut se révéler contraignante et dégradante – la liste des adjectifs n’est pas exhaustive, elle serait bien trop longue – et ce sur la seule base qu’elles naissent en tant qu’individus disposant d’un sexe féminin. Le sexe dit « faible »…
D’autre part, ce n’est pas parce qu’on naît homme qu’on est forcément contre ce mouvement. Non messieurs, rassurez-vous, nous ne vous excluons pas. Si un homme ne pourra jamais vraiment comprendre ce que vit une femme parce qu’il n’en est pas une, il peut cependant tenter de comprendre une situation qui est outrageusement injuste et soutenir la cause qui tend à rétablir un équilibre.

Qu’est ce qu’être anti-féministe ?

De ce fait, être anti-féministe c’est être contre l’avancée et le développement de notre société. C’est dire non à l’égalité des droits et la liberté pour tous. C’est considérer que les femmes qu’elles aiment, en toute conscience ou non, occuper cette position qu’on les pousse à avoir, doivent continuer de l’occuper. C’est considérer que la femme n’est pas l’égale de l’homme.

Si ce texte ne traite certainement pas du féminisme dans son entièreté, il représente un coup de gueule, un cri de désespoir. Car oui, tous les jours, je vis des situations qui me rappellent que je suis une femme et qu’en tant que telle j’appartiens à mon père ; je suis moins payée que mon collègue Martin ; je dois porter des talons pour aller travailler même si j’ai mal au dos ; je dois forcément faire des enfants et être une bonne mère ; je n’ai pas le droit de ressentir du plaisir pendant l’acte sexuel ; je dois faire le ménage, la cuisine le repassage, travailler, m’occuper des gosses et penser à tout, sans me plaindre c’est mieux ; je suis dévouée à mon partenaire ; je dois avoir honte de mes menstruations ; je porte une mini-jupe donc je provoque le viol ; je suis un simple faire-valoir des produits présentés dans les publicités ; je dois être belle et me taire ; je suis excisée ; je suis forcément douce, gentille et compréhensive ; je suis l’éternelle pécheresse ; je n’ai pas les mêmes capacités intellectuelles que mes camarades masculins ; je suis un objet sexuel ; je ne peux pas avoir d’autres conversations que celles qui tournent autour de ma situation amoureuse ; je suis impure ; je fais moins sérieuse qu’un homme ; je suis harcelée dans la rue, au travail ; je meurs sous les coups de mon conjoint ; je n’ai pas le droit de disposer de mon corps comme je l’entends…

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