Don’t, just don’t…


Pensées / samedi, mars 27th, 2021

À bas la masculinité toxique et les privilèges !

C’est certainement le cri du cœur du projet artistique berlinois et féministe @riotpantproject. Malheureusement, nombre de privilégié·e·s se sentent agressé·e·s par ce genre de revendications parce qu’ils·elles estiment ne pas faire partie des oppresseur·e·s. Il n’est pas question d’identifier individuellement une personne en disant que le sexisme et le racisme systémiques sont de sa faute. Il est juste absolument nécessaire d’écouter la souffrance des minorités et la parole des victimes, des opprimé·e·s. Si elle·il écoute, elle se rendra compte qu’elle·il est privilégiée car ce qui de son point de vue est normal et devrait être normal pour tout·e un·e chacun·e n’est pas forcément donné à tout le monde… Le principe même d’un·e privilégié·e est qu’il·elle ne situe pas le problème puisqu’elle.il ne le voit pas, ne le subit pas et donc dispose de cette espèce de pensée magique que ce dont parle les autres n’existe tout simplement pas ou est exagéré ou, encore, constitue un cas isolé. Il s’agit plus d’être capable d’empathie que d’intelligence au final, puisque quiconque capable d’écouter les injustices subies par les femmes et certaines communautés, souvent ethniques mais aussi LGBTQIA+, religieuses et économiques, se rendra très vite compte qu’il s’agit d’un souci de société, de la construction d’un système capitaliste et libéral qui s’est formé par ou pour l’homme blanc cis genré, d’un problème de tolérance et d’un manque de représentations dans les médias, d’un sexisme et d’un racisme ordinaires et systémiques induits par des siècles de domination masculine et de droits exclusivement masculins (et blancs). Le racisme impérialiste, puis colonialiste, s’est malheureusement insufflé dans nos cultures occidentales et tout comme le sexisme et la culture du viol, ces aspects de nos cultures occidentales font partie de nos préjugés, nos façons de penser, nos stéréotypes et nos biais cognitifs. Tandis que cette altérité qui prend les risques, qui cherche à faire changer la société, ces autres qui souffrent, sont ignoré·e·s délibérément…

Quand certain·e·s disent des choses comme « elle avait qu’à dire non, elle était donc consentante » c’est bien sûr en pensant à une certaine responsabilité individuelle et non à un souci présent dans le système dans sa globalité. Si une petite fille apprend dès son plus jeune âge à se montrer discrète, qu’elle observe que son opinion est souvent rabaissée face à celle d’un petit garçon, qu’elle n’est pas prise au sérieux, qu’elle voit sa mère s’occuper systématiquement du bon plaisir de son époux, comment pensez-vous qu’elle réagira face à un boss autoritaire et sexiste qui aura lui-même intériorisé cette domination inconsciente ? Face à un homme qui a le « bon sens » et le soutien des préjugés sexistes, éminemment présents dans nos façons de penser, de son côté ? Même l’appellation feminazi, instaurée par l’extrême droite, devient une blague ou, dans le pire des cas, un argument d’autorité, prouvant de facto qu’il y a un souci dans le respect qui doit être donné aux femmes qui osent parler. Et bien souvent, cette femme victime de sexisme aura intériorisé ce manque de considération comme étant normal. Il en est de même pour le consentement.

Un viol n’est pas forcément violent physiquement et commis par un agresseur inconnu. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un homme de son entourage et l’acte n’est pas tout de suite identifié comme étant une agression sexuelle. Lorsqu’une femme « oublie » de prendre en compte ses envies et ses désirs et accepte pour « faire plaisir à l’homme » d’avoir une relation sexuelle, c’est qu’elle a été éduquée à le penser. Il y a un dysfonctionnement au niveau des perceptions de ce qui est normal ou non dû au système de domination patriarcale. Des phrases du type « mais un homme a des besoins » (comme les femmes pourtant…), « il a insisté alors j’ai craqué et j’ai dis oui » ou encore « si je me refuse, après il sera de mauvaise humeur » sont des pensées à déconstruire car la femme accède souvent à la demande par peur d’éventuelles répercussions ou simplement pour avoir la paix. Sans compter, les agressions sexuelles qui consistent à profiter de la femme lorsque celle-ci est sous l’effet de l’alcool.

Tout comme la tenue de la victime, ses gestes, ou ses actions ne sont pas à  incriminer dans le cas d’une agression, en aucun cas une femme devrait à  avoir à « répondre aux envies de l’homme » en donnant accès à son propre corps alors qu’elle ne le souhaite pas, c’est-à-dire qu’elle n’en ait pas réellement envie. La culture du viol découle de cette pensée soi-disant normative de nos cultures occidentales. Ce phénomène, semblable symboliquement au viol, découle du fait qu’une femme acceptera plus facilement d’avoir une relation sexuelle avec un homme afin d’éviter d’éventuelles répercussions, même idiotes comme une mauvaise humeur de ce dernier, une éventuelle culpabilisation, un argument d’autorité normatif du style « mais c’est normal que tu acceptes vu qu’on est en couple », une insistance répétée ou, pire encore, des insultes, une menace de ne pas l’aider à faire le ménage si elle refuse et bien d’autres exemples recueillis par un bon nombre de témoignages de plus en plus nombreux dénoncés par plusieurs comptes Instagram (@pepitesexistes, @noustoutesorg, @tetonsmarrons, @denoncer_les_violeurs, et bien d’autres) qui s’évertuent à récolter et à diffuser le plus de témoignages de femmes victimes de ce sexisme ordinaire pour prouver que ce phénomène est bien présent dans nos sociétés et qu’il touche une grande majorité de femmes et d’hommes sans qu’elles.ils en aient forcément conscience. Il ne s’agit pas là d’accuser en majorité des hommes mais aussi des femmes de clichés de genre, de sexisme, il s’agit surtout d’ouvrir les yeux sur ce qui ne va pas, ce qui ne devrait pas être normatif et systémique dans une relation humaine saine, honnête et respectueuse. Lorsqu’on regarde l’Histoire occidentale et qu’on observe que durant longtemps seul l’homme blanc avait le droit de vote, avait accès à une bonne éducation et donc un meilleur travail et un statut social élevé pour finalement faire partie de ces élites qui possèdent le pouvoir, créant ainsi un terrible cercle vicieux d’injustices qui dure depuis quelques millénaires (coupant donc la possibilité aux autres communautés de se faire entendre parce qu’ayant un niveau social inférieur ou défavorisé, peu de droits et souffrant de préjugés tenaces). On reprochera après à ces communautés d’être trop pauvres, de sombrer dans la délinquance, d’être hystériques, de ne pas être fiables ou encore de ne pas oser dire non. Cette culpabilisation à un niveau individuel n’est en fait qu’un énorme souci du système et ne peut en aucun cas, statistiques à l’appui, être le fruit d’un seul cas isolé. On ne peut pas, de bonne foi, douter du racisme et du sexisme systémiques et minimiser ces problèmes sociaux et culturels, en France, en Europe, en Occident et partout dans le monde. Des inégalités qui se voient encore aujourd’hui dans le monde du travail, dans la prise en charge médicale, face à la justice et aux violences policières, au sein d’un groupe d’adolescent·e·s, dans les relations du commun mais aussi dans le couple et dans les relations amicales.

Un exemple très connu : le sexisme dans la communauté geek a permis de faire la lumière sur les personnes disséminant ces idées conservatrices et sur d’autres individus, moins malveillants, qui les relayent sans en comprendre la violence. De 4chan, bastillon réputé d’extrême droite (alt-right aux U.S.A) aux actions plus que douteuses, jusqu’au mouvement même de la Dissidence (Alain Soral et surtout Raptor Dissident en tête), la technique reste la même : la désinformation et l’embrigadement des moins sensibles aux enjeux politiques et aux questions de société. En somme, il s’agira surtout d’hommes blancs, représentants historique et culturel d’une domination, d’un pouvoir et donc de privilèges, qui ne subissent pas au quotidien les injustices sociales et qui se sentent agressés par les revendications des femmes ou des autres communautés qui les pointent du doigt (cependant il peut aussi s’agir d’autres profils ayant simplement intériorisé un sexisme ou un racisme ordinaire, transmis via des clichés, des préjugés, de l’humour, de fausses certitudes). Menaces, vols d’informations et d’identités bancaires, envers les féministes dans le cas du scandale du #gamergate. Des hommes blancs cis genrés cherchant à protéger certains de privilèges qui ne seraient que les « leurs » et qui usent de moyens, disons-le, dégueulasses pour violenter et de décrédibiliser de jeunes femmes geek (et oui, elles ont le droit d’aimer les jeux vidéo) qui osent mettre en avant certains problèmes de sexisme au sein de leur communauté qu’elles chérissent. Ce qui choque le plus dans ces témoignages est la volonté consciente de ces personnes à refuser les arguments, les témoignages et à nier en bloc les revendications de ces femmes en disant simplement que « ce n’est pas leur place ». Soulevant dans le même coup de gueule, la représentation de protagonistes féminines sur-sexualisées et finalement peu représentatives de la diversité du corps féminin dans le domaine des jeux vidéo. Même s’il est bien connu que la communauté geek occidentale, souvent constituée en grande majorité d’hommes blancs, est malheureusement gangrenée d’idées fachistes, découlant des techniques de communication de l’alt-right (extrême droite américaine se définissant comme suprématistes blancs ayant des liens très clairement définis avec le KKK et les partis nazis), c’est dans leur rapport aux femmes que cette « droite alternative » brille encore une fois par son intelligence hors du commun (un peu d’ironie…). Traitant toutes personnes ayant des arguments sociologiques et constructivistes à leur opposer de social justice warrior, ils imposent depuis longtemps leur cadre en évitant tout simplement de répondre aux évidences qui leur sont démontrées en changeant la conversation à leurs avantages. Cette technique de communication bien connue dans le cadre d’un groupe d’extrême droite, utilisée par Lepen et Trump, qui se définit de la manière suivante : refus des arguments, menace, contrôle de la conversation, tourner l’opposant·e en ridicule, et donner cette impression de victoire à un public déjà convaincu par leurs idées ou alors hésitant (souvent centriste ou apolitique, qui ignore donc les enjeux politiques, l’Histoire, et qui décrédibilise les études sociologiques en tant qu’arguments scientifiques). Les techniques de l’alt-right fait ainsi appel aux émotions du public en donnant l’impression d’être « fort·e » et d’avoir des certitudes. Cela suffit souvent à convaincre les plus démuni·e·s dans la compréhension des phénomènes de société, culturels et politiques. La gauche progressiste n’a, quant à elle, pas de certitudes, elle a des questions et cherche des réponses pour l’amélioration d’un bien-être commun. Il est bien évident qu’avec un postulat pareil, elle convaincra toujours moins de public que l’extrême droite, puisqu’elle cherche le compromis.

Utiliser des arguments, sortir des statistiques et rechercher l’instauration d’un véritable débat est donc ce qu’on pourrait appeler un « suicide politique » face à une extrême droite, pleine de fausses certitudes, qui passe plus de temps à clamer avoir raison plutôt qu’à donner les arguments qui légitimeraient leur « vérité ». Mais le pire… C’est que ça marche ! Enfin, pour un public peu sensibilisé à la politique, c’est-à-dire énormément de gens.

Nous l’avons vu en France, l’abstention est en hausse sous la Ve République. Il y a un désintérêt de la politique dans un moment pourtant décisif de l’Histoire. La crise du Covid-19 a pourtant mis en évidence les techniques de libéralisation des hôpitaux publics. Une malheureuse époque de l’Histoire mondiale où la plupart des gouvernements préfèrent donner des milliards aux entreprises, choyant le PIB national mais oubliant d’investir dans la santé publique, laissant des personnes mourir et pourrir faute de moyens, faisant le tri pour savoir qui aura la chance ou non de survivre, afin de critiquer les hôpitaux publics et leur inefficacité, rendant le personnel médical à la limite du burn-out pour finalement privatiser et créer des inégalités de richesse face à la vie elle-même. Une technique pourtant bien connue des gouvernements libéraux à travers le monde et les époques. La France a bien fait une centaine de pas en arrière, à croire que ces hommes et ces femmes s’étant battu·e·s pour une sécurité sociale universelle et des droits sociaux dont celui du travail sont mort·e·s pour rien…

Le mouvement Black Lives Matter a montré, preuves à l’appui avec des millions de témoignages partout sur la planète, que le racisme systémique des ethnies, particulièrement noires, existe bel et bien et constitue également une urgence à déconstruire puisqu’il cause la mort de milliers d’individus à travers le monde. Les mouvements #Noustoutes #Metoo #Wetoo et des milliers d’associations féministes ont pourtant démontré aux plus septiques l’existence d’un sexisme systémique perçu dans le monde entier, décrié par des millions de témoignages de femmes insultées, agressées et violées dans tous les pays du monde. Et à une échelle internationale, les études scientifiques de plus en plus alarmistes ont mis l’accent sur l’urgence climatique, la nécessité de montrer un civisme écologique fort et de changer de système économique et politique. Les nombreuses études sur notre alimentation (créée par l’industrie agro-alimentaire dont Monsanto et Nestlé en tête de liste) montrent un lien évident entre fertilité, santé, pollution des sols et des corps. Et c’est en toute impunité que ces industries vont réaliser le vol des terres cultivables et d’eau potable des pays les plus défavorisés, former des élevages intensifs dans lequel de nombreuses vies sont élevées et tuées pour rien dans des conditions extrêmement difficiles, et dont leur viande ne sera même pas consommées au final. Il s’agit bien d’une surproduction totalement irréaliste, détruisant au passage les sols cultivables et polluant l’écosystème environnant. Tout ça, on le sait déjà… Alors plutôt que de vivre avec comme si cela est normal, ne laissons pas cela être normal ! Sur une planète où Docteur Google est partout, l’ignorance et la minimisation de ces urgences apparaît donc comme un choix, et dénote d’une certaine lâcheté de conscience. Car même si l’on ne s’occupe pas de la politique, la politique s’occupera de nous. Et si ces politiques destructrices dirigent le Monde, ce dernier ne peut pas se relever de toutes les horreurs commises par notre espèce, tout seul. Et choisir de ne pas agir, de ne pas s’impliquer pour rester tranquille, c’est déjà un choix. Celui de s’en remettre à d’autres. C’est le même principe qu’une non-assistance à personne en danger, sauf qu’il s’agit d’une planète, d’un pays, d’un état, d’une région, de communautés, et donc de la vie de milliards de personnes concernées, qu’elles le veuillent ou non, par la politique. Puisque c’est le propre de l’être humain que d’évoluer dans un cadre social, culturel et politique précis qui détermine, en grande partie, sa vie, ses pensées donc ses actions, ses mœurs et ses perceptions du monde, agir face au sexisme, au racisme, et en faveur des nombreuses urgences de ce siècle, chacun·e à une toute petite échelle, est essentiel pour la transformation de la société et donc à toute l’humanité. Mais surtout obliger les gouvernements à faire de même…

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