Dis-lui que je l’attends, poésie et rêves d’enfants


Littérature / vendredi, septembre 1st, 2017

« Enchantée. Les amis de Yûji sont mes amis. »
Je tendis le bras avec nervosité pour lui serrer la main, qu’elle avait petite et froide. Elle avait beau adopter une attitude masculine, Karin était bien une jeune fille de treize ans après tout, même si j’avais le sentiment qu’elle ne tenait pas à ce qu’on le lui rappelle.
« Enchanté », répondis-je.
Enchanté…
C’est ainsi que débuta notre amitié.

Où sont passés nos rêves d’enfant ?

À l’approche de la trentaine, Satoshi tient une petite boutique spécialisée dans la vente de plantes aquatiques, une passion qui ne l’a pas quitté depuis l’enfance. C’est pour lui le travail idéal. Il mène une vie tranquille partagée entre son quotidien au magasin et ses rendez-vous avec Misaki, une jeune femme douce et discrète qu’il fréquente depuis peu. Ce jeune rêveur est aussi un grand romantique qui souhaite passer le restant de sa vie avec la perle rare. Mais ces longs après-midis de balades dans le parc avec Misaki à évoquer le passé lui rappellent qu’il est toujours hanté par les souvenirs de Yûji et Karin, son plus vieil ami et son premier amour. Un passé auquel il est tant attaché que l’avenir semble bien vide sans eux. Jusqu’au soir où une mystérieuse personne se présente devant sa boutique…

Il devait être aux alentours de vingt-trois heures. Pas une âme alentour. Je me sentais vulnérable. Une réaction naturelle je suppose.
Une voix m’interpella cependant au bout de trois pas.
« C’est vous le patron ? »

Douce nostalgie

Takuji Ichikawa nous présente ici son second roman traduit en France. Si son premier ouvrage, Je reviendrai avec la pluie, était éblouissant, ce livre-ci ne l’est pas moins. Une fois de plus son écriture nous transporte grâce à un style littéraire doux, nostalgique et poétique. Une réflexion sur l’enfance, les rêves que nous avions, ceux que nous avons poursuivis et ceux que nous avons choisis de laisser derrière nous. Un hymne à l’amitié et à l’espoir.
Au travers de longs dialogues et descriptions on découvre les souvenirs de Satoshi et les liens forts qui l’unissent à son passé et ses deux amis perdus de vue. Des liens si forts que le temps et l’absence n’ont pas réussi à les étioler. Lorsque cette inconnue frappe à sa porte, c’est l’ensemble de sa mémoire qui est brusquement réveillé. Mais tout se fait dans la délicatesse comme baigné d’une lumière douce et diffuse. Avec grâce, le romancier pose sa plume sur le papier comme un artiste son pinceau sur son aquarelle.

Elle contempla le flacon bleu cobalt avec un sourire heureux.
« Qu’il est joli… J’aime ce genre de récipient en verre.
– Tu devrais le sentir, pour voir. »
Elle aquiesça avant d’ôter le bouchon et de porter le flacon à ses narines.
« Ah quel parfum merveilleux ! C’est doux. »
Elle resta un instant à humer l’essence de rose de Bulgarie, les yeux clos.

Takuji Ichikawa et Dis-lui que je l’attends

L’auteur est né à Tokyo le 7 octobre 1962. Diplômé de l’Université de Dokkyo, il publie son premier roman en 2002. Toutefois Je reviendrai avec la pluie, paru en 2012 en France, est le premier de ses ouvrages à connaître un fort succès au-delà des frontières japonaises. Sono toki wa kare ni yoroshiku, est son second roman publié en France sous le titre Dis-lui que je l’attends. Le roman inspira un film éponyme, sorti dans les salles nippones en 2007 et réalisé par Yuichiro Hirakawa.

Avec ce roman, Takuji Ichikawa nous fait une fois encore le plaisir de lire sa plume si japonaise. Son premier roman avait marqué par sa mélancolie, celui-ci est plutôt teinté d’espoir et nous laisse un souvenir sucré, si doux et rassurant. Un livre qui nous invite à goûter pleinement la vie et à ne pas oublier l’enfant que nous étions.

Informations
Dis-lui que je l’attends
そのときは彼によろしく(Sono toki wa kare ni yoroshiku)
Takuji Ichikawa
Shogakukan, 2004
Flammarion, 2014
ISBN : 978-2-290-10275-6

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