7 croyances et superstitions au Japon


Top 10 / lundi, janvier 8th, 2018

Terre peuplée d’esprits et de dieux en tout genre, le Japon possède des croyances et superstitions qui peuvent paraître étranges pour l’œil occidental. Entre horreur et humour, ces croyances sont encore aujourd’hui rapportées dans de nombreux médias nippons sous forme de manga, de livres, de films ou d’animation. Un dieu des toilettes ? Un poisson-chat géant soutenant le Japon ? Des insectes vénérés ? Les monstres fantastiques, yôkai, et les 8 millions de dieux, kami, du pays du Soleil-Levant font partie intégrante de l’âme de la culture nippone, empeignée par les légendes et les croyances anciennes. Voici un petit nombre de ces croyances étranges, merveilleuses ou dérangeantes qui font parfois sourire les Occidentaux.

La peur du chiffre 4, une superstition liée à la mort

Le chiffre 4 possède une dimension symbolique puissante au Japon et en Chine, il est commun que les hôtels, les hôpitaux et les grands immeubles ne possèdent pas de quatrième étage puisque ce chiffre est perçu comme malchanceux. En effet, la prononciation du mot chinois ou japonais « quatre » ressemble à celle du mot « mort ». Tout comme le treizième étage est à éviter dans la culture occidentale, cette superstition est très répandue au Japon, et les Japonais éviteront les nombres possédant le chiffre 4 lors des événements importants comme les mariages et autres festivités. Cette croyance étant régulièrement la cause d’une peur irrationnelle (la tétraphobie, la peur du chiffre 4), la firme Nokia évite les modèles commençant par le chiffre 4 (excepté dans quelques cas) afin de respecter ses clients asiatiques. Ainsi lorsqu’on offre des présents au Japon, on évitera soigneusement d’en offrir 4 et l’on ne découpera pas non plus un gâteau en quatre parts distinctes. On retrouve cette croyance dans de nombreux films d’horreur asiatiques comme c’est le cas du film Fordidden Floor de Kwon Il-soon sorti en 2006.

L’étrange origine des séismes, un poisson-chat géant ?

D’après la légende, l’archipel japonais est symbolisé par le kaneme-ishi, la « pierre-clef » qui reposerait sur l’échine d’un poisson-chat géant, le Namazu vivant dans les profondeurs de la terre. C’est en bougeant violemment qu’il cause des destructions à la surface de la terre, il serait à l’origine des séismes nippons. Namazu est cependant sous le surveillance du dieu Kashima, le seul à pouvoir le maîtriser en le maintenant au sol grâce à son épée. Il arrive néanmoins que Namazu s’échappe, provoquant ainsi des catastrophes. Et ce, plus particulièrement au mois d’octobre, qui est considéré comme un mois où tous les dieux s’en vont vers la côte de la mer du Japon, au sanctuaire Shinto d’Izumo (izumo taisha), durant lequel le dieu Kashima laisse alors Namazu libre de ses mouvements.

Plus globalement, les Japonais considèrent l’apparition d’un poisson-chat comme une mauvais présage entraînant les maladies et les guerres. Le Namazu symbolise également les destructions nécessaires pour atteindre un avenir meilleur, le yo naoshi namazu « le poisson-chat qui va redresser le monde » devient un symbole de héros salvateur, venu détruire afin de remettre en ordre la société. Namazu continue à inspirer les artistes nippons d’aujourd’hui et on en trouve une représentation dans Pokémon, Barbicha (Namazun en japonais) est une sorte de poisson-chat qui maîtrise des attaques sismiques.

Le groupe sanguin des Japonais et son influence sur la personnalité, des croyances infondées

Les Japonais accordent une grande importance à leur groupe sanguin qui, pensent-ils, a une influence sur la personnalité d’un individu. Les entreprises l’ont bien saisi car elles utilisent cette croyance pour vendre des objets personnalisés pour chacun des groupes sanguins que ce soit pour l’alimentation, les boissons, les horoscopes ou même les agences matrimoniales en promettant toujours plus de compatibilités ! Certains individus iront même jusqu’à mentir sur leur propre groupe sanguin lors d’entretiens d’embauche. Il est commun de voir le groupe sanguin précisé dans les fiches de présentations des personnages de manga ou de jeux vidéo (à coté de la taille et des mensurations des jeunes filles d’ailleurs), il en est de même pour les stars et idols de la télévision nippone. Le groupe sanguin est même la cause de certaines brimades scolaires sous le terme « bura-hara » (diminutif de blood-type harassment, buraddo taipu harasumento). Véritable discrimination pour de nombreuses personnes au Japon, cette théorie a évidemment été infirmée par les scientifiques mais continue néanmoins à courir dans l’esprit de nombreux Japonais.

En 1971, le journaliste Masahiko Nomi et son livre, Comprendre les affinités par groupes sanguins, amplifia ces croyances et établit un tableau des personnalités selon le groupe sanguin : Le groupe A correspondrait à des personnes sérieuses, calmes, honnêtes, responsables, gentilles, réservées, ponctuelles, patientes, propres, perfectionnistes, attentives aux détails et créatives mais également prudentes, sensibles, têtues, tatillonnes et anxieuses. Le groupe B représenterait des individus à l’esprit libre et créatif, passionnés, optimistes, volontaires, joueurs, flexibles, enthousiastes et entreprenants, ils seraient également rebelles, distraits, imprévisibles, impulsifs, irresponsables, rancuniers avec une tendance à l’égoïsme. Les individus du groupe AB seraient décontractés, sociales, emphatiques, organisés, rationnels et adaptables mais aussi distants, critiques, étourdis, indécis, difficiles à cerner et peuvent se montrer impitoyables. Dernièrement, le groupe O serait constitué de gens ambitieux, passionnés, insouciants et autonomes, des individus qui suivent leur intuition mais qui peuvent se montrer arrogants, froids, méfiants, insensibles et jaloux.

Un culte aux insectes

Dans son article Sacrés mushi ! Des rites consacrés aux insectes (2006), Erick Laurent nous explique que les « mushi » sont un ensemble d’êtres vivants qui peuvent habiter à l’intérieur et à l’extérieur du corps humain. Cette catégorie correspond à l’ensemble des insectes ainsi qu’à certains autres arthropodes (exceptés les crabes, les crevettes et les catégories associées à ces derniers) mais aussi les mollusques, les larves de batraciens et certains reptiles. De nos jours, les Japonais utilisent le terme konchû pour définir les insectes en tant que catégorie scientifique néanmoins les mushi ne cessent de vivre et de se développer dans la culture japonaise (commerce, industrie touristique, médecine traditionnelle, croyances populaires, rituels, amulettes, phénomènes artistiques) et ce bien qu’ils soient des animaux à connotation négative censés habiter des lieux sales comme les toilettes traditionnelles, les aliments en putréfaction ou les cadavres. Dans l’imaginaire collectif nippon, les mushi grouillent, se montrent imprévisibles et sont entourés d’une aura de mystère : leur apparition soudaine selon les saisons ou le moment de la journée en font des animaux visibles mais aussi invisibles à l’Homme (étant cachés sous la terre ou sous l’eau une grande partie de leur vie). Selon les croyances taoïstes, « trois vers » seraient présents à l’intérieur du corps humain, cette croyance a donné naissance à de nombreux rituels pour tenter de les apaiser. Les mushi sont vénérés et craints, des rituels et des cérémonies (rites d’expulsions, rites funéraires) leur sont consacrés afin d’éviter des problèmes agraires, ou d’ordre psychique lorsque ceux-ci vivent à l’intérieur du corps humain. Ces êtres vivants sont décrits à merveille dans Mushishi, le chef d’œuvre de Yuki Urushibara publié de 1999 à 2008 (adapté dans une animation réalisée par Hiroshi Nagahama en 2005) qui conte l’histoire de Gingko, un jeune mushishi parcourant le Japon pour aider les individus souffrant de maux causés par les mushi.

Des toilettes sacrées ?

Les croyances japonaises étant issues pour la plupart de l’animisme et du polythéisme Shinto, toute chose au Japon possède une âme. Il existe aussi un dieu des toilettes, Kawaya-no-kami, né des excréments d’Izanami, la déesse de la terre. Ce dieu hors de commun est même vénéré dans des sanctuaires qui lui sont consacrés puisqu’il permet de bonnes récoltes (les excréments sont de bons fertilisants pour la terre) et protège l’insouciant de tomber dans le trou des toilettes ! Lorsqu’on inaugure de nouvelles toilettes, il est donc essentiel de saluer la venue de Kawaya-no-kami en réalisant une cérémonie de bienvenue lors de laquelle les individus de la famille s’installent tour à tour sur un coussin placé sur les toilettes afin d’y consommer des gâteaux de riz et du thé vert.

La fin de l’année

Anciennement basé sur le calendrier chinois, le nouvel an, oshogatsu, était célébré au début du printemps. Il est fêté le premier janvier depuis que le Japon a repris le calendrier grégorien en 1873. Cette fête de fin d’année est l’une des plus importantes de la culture nippone et dure habituellement plusieurs jours. Traditionnellement, les Japonais se rendent au sanctuaire bouddhique dans la soirée du réveillon ou durant les trois premiers jours de l’année pour sonner tour à tour cent huit coups de cloche (qui symbolisent les cent huit passions qui tourmentent l’Homme dans sa quête vers l’illumination), cette visite est nommé hatsumode et peut rassembler plusieurs millions de personnes dans les sanctuaires les plus populaires de Tokyo. Elle se nomme omisoka lorsqu’il s’agit d’une visite dans un sanctuaire shinto. Rappelant le vin chaud, les Japonais boivent de l’amazake (boisson chaude peu alcoolisée à base de riz fermenté) pour se réchauffer. Il est également commun d’aller admirer le premier levé de soleil de l’année sur l’océan. Le premier rêve de l’année, hatsuyume, doit comporté au moins un des symboles de bon augure (Mont Fuji, un faucon et des aubergines) pour annoncer le commencement d’une bonne année. Avant la nouvelle année, les Japonais cherchent à régler leurs dettes ainsi qu’à rendre tout ce qu’ils ont emprunté durant les douze derniers mois, histoire de commencer une nouvelle année le cœur léger ! Ils pratiquent également un grand nettoyage appelée osoji qui permet de purifier la maison (les tatamis sont aérés, les objets obsolètes remplacés, etc.). Les familles les plus croyantes, ou d’un rang social important, décorent leurs maisons avec les traditionnels kadomastu (formé de branches de pins autour de trois bambous sectionnés déposés de chaque coté de l’entrée afin d’inviter Toshigami-sama, le dieu du nouvel an) et shimenawa (une corde de paille de riz tressée qui est placée à l’entrée de la maison et qui délimite une zone sacrée). Plus populaire, le shimekazari est une décoration du nouvel an souvent complété de symboles de crevette (longévité) et de kaki (prospérité) et placée à l’entrée du logement dans le but de le protéger des impuretés extérieures. Également organisée le plus souvent entre collègues en fin d’année, bonenkai est une fête qui vise à tirer un trait sur le passé où l’on va chercher à oublier les problèmes de l’an dernier ainsi qu’à se féliciter des efforts fournis pour se préparer à une nouvelle année réussie. Durant cette période de nouvel an, les familles japonaises rendent également des visites de politesses à leur famille et envoient des cartes de vœux.

Des torii contre la pollution

Les torii, portails sacrés du shinto de couleur rouge, sont communément érigés à l’entrée des sanctuaires et permettent de sacraliser la zone profane environnante. Véritable rupture symbolique entre le monde physique et le monde spirituel, le torii apparaît comme une porte par laquelle les esprits, kami, ou yôkai peuvent passer pour atteindre notre réalité. Chaque torii doit donc être traversé une première fois pour entrer dans le sanctuaire puis retraversé dans l’autre sens pour en sortir, sans quoi l’individu peut être piégé dans un autre monde. Afin de résoudre les problèmes liés à la pollution engendrée par l’accumulation des déchets dans les villes, certains Japonais ont eut une ingénieuse idée à la fois simple et efficace : la mise en place de petits torii dans les zones à risques. Étant constitué d’îles, le Japon ne possède pas assez d’espaces pour la formation de grandes décharges. Ainsi les déchets sont soigneusement triés puis recyclés, ce qui fait du Japon un pays très propre et respectueux de la nature. Bien que les Japonais soient neutres en ce qui concerne la religion (un individu peut se dire à la fois bouddhiste, shintoïste ou chrétien au gré de ses prières et de ses pratiques), le respect de la population envers les éléments du shinto est resté intact, traditionnellement ancré dans leurs habitudes et modes de pensées. Également utilisés pour empêcher les individus d’uriner dans la rue, ces torii anti-pollution, d’environ un mètre de hauteur, servent donc à protéger l’environnement en effrayant ou en apostrophant l’individu venant jeter ses déchets. Qui oserait salir la demeure d’un dieu ou d’un esprit ?

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