Ayakashi, la légende des 5 royaumes


Littérature / mercredi, avril 11th, 2018

Glénat nous offre Ayakashi, un manga français réalisé par Izu et VanRah, teinté d’humour, de fantastique et de combats épiques sur un fond d’uchronie médiévale.

L’uchronie médiévale fantastique d’Ayakashi

L’histoire d’Ayakashi nous transporte au Japon en 1702. Le pays, divisé en 5 royaumes dirigés par un clan, est la proie des ayakashi (créatures fantastiques du folklore nippon à l’instar des yôkai ou mononoke), ces créatures fantastiques dévastatrices évitant habituellement le contact avec les humains.

Au début de l’histoire, le petit groupe de protagonistes est centré autour de Yoshihiro Shimazu, un moine-guerrier utilisant le sang des ayakashi (le cina) pour combattre et traquer ces démons en compagnie de ses alliés : le fidèle Hagane Kurochiwa doué pour l’humour et les explosifs, le jeune Seishû et l’ancien Haitani. Lors d’une chasse, notre héros fera la rencontre d’une miko, seule survivante de son village, du nom de Yue qui dispose de capacités surnaturelles, ayant le pouvoir de pactiser avec les ayakashi et d’attirer à elle un bon nombre de ces esprits fantasmagoriques. Cette dernière se révèle être une prêtresse de haut rang, la betsushikime, dans laquelle habite le dieu protecteur de son sanctuaire qui recherche avant tout la paix et l’harmonie entre humains et ayakashi, critiquant vivement l’utilisation du cina comme arme de guerre. Cette substance possède des effets secondaires visibles telle que l’altération de la couleur des yeux et donne à ses utilisateurs un pouvoir exceptionnel. La situation devient compliquée lors de l’arrivée de l’armée de Koxinga, le maître des mers du Pacifique, à la conquête de Kagoshima, la capitale du clan Shimazu.

Une uchronie bien réalisée qui réinterprète la bataille de Sekigahara (où les Shimazu remportent la victoire à la place des Tokugawa) en y incorporant du fun et du fantastique comme l’explique l’un des artistes, Izu :

Il y a selon moi deux manières de procéder si on veut faire du Japon médiéval-fantastique : soit tu ne te prends pas la tête et tu fais simplement de la fantasy, ce qui donne Samurai Deeper Kyo d’Akimine Kamikyo qui est historique mais sans prise de tête, ou faire une uchronie car celle-ci te permet de garder des bases historiques crédibles, tout en étant fun avec la question du « et si », par exemple qu’est-ce que serait devenu le monde si les nazis avaient gagné la Seconde Guerre mondiale, l’uchronie la plus classique.

Dans le folklore japonais, le terme ayakashi désigne traditionnellement un yôkai à la forme d’anguille faisant plusieurs centaines de mètres de long. Globalement, les ayakashi peuvent désigner les yôkai, monstres, ou créatures surnaturelles du shinto, et sont très répandus dans le domaine des mangas, de l’animation et des jeux vidéo. Des références à ces monstres foisonnent dans les univers de fiction nippons : Ayakashi : Japanese Classic Horror, la série d’animation de Tôei ou encore les quatre sœurs ayakashi dans Sailor Moon, et j’en passe !

Les artistes se sont beaucoup inspirés du Dictionnaire des Yôkai de Shigeru Mizuki pour bâtir leur univers de fiction teinté de folklore nippon comme l’explique VanRah :

Sur le plan graphique, j’ai pris les descriptions des yôkai que je voulais représenter, plutôt des yôkai terrestres, avisés et offensifs, je me suis ensuite reportée à des henge, mix entre un sanglier en charge et une bête féroce à l’aspect félin : des grandes griffes, des crocs acérés… Ils sont vraiment décrits ainsi dans le folklore japonais.

Ayakashi, une collaboration française

Cette oeuvre, fruit de la collaboration de deux artistes français, s’inscrit dans la liste de plus en plus importante des mangas mondialisés dessinés par des mangaka étrangers à l’archipel nippon. Ce manga dénote de l’intérêt puissant de la France pour le folklore et les représentations nippones du monde. Même hors de ses frontières, le manga reste un élément littéraire où peut survivre ces créatures fantastiques du shinto traditionnel, qui se modernise et se réactualise par et grâce à ce support médiatique.

Les graphismes de cette oeuvre apparaissent comme singuliers. Le scénario, le déroulement de l’action et le design des protagonistes rappellent évidemment les normes du manga, mais on y distingue des particularités : des traits lourds, un style marqué et des dialogues plus complets qui se concentrent davantage sur les personnages et l’action que sur les décors. Ayakashi possède des graphismes qui ne laissent pas de marbre et qui plongent très rapidement le lecteur dans l’univers fictionnel de cette oeuvre. Accompagnée d’un humour agréable, cette oeuvre met en scène des personnages complexes même s’ils possèdent des caractéristiques caricaturales à l’univers du manga : le beau brun ténébreux, la jolie miko aussi naïve que puissante et déterminée, le fidèle compagnon du héros au caractère léger, etc.

Des situations à la fois pesantes, drôles et fluides qui transforment la lecture en un véritable délice pour l’imagination. N’oublions pas le bonus culturel très utile qui est proposé au lecteur à la fin de l’oeuvre où l’on découvre des explications sur l’histoire, la culture, les pratiques et le folklore liés au shintoïsme et au bouddhisme dans l’archipel nippon. Bref, pour plusieurs de ces raisons, Ayakashi est un livre que je conserverai dans ma bibliothèque absolument !

Syneha aime lire, écrire – des phrases beaucoup trop longues –, voyager, jouer aux jeux vidéo, en particulier les RPG Japonais, et regarder des films asiatiques à gogo, surtout ceux qui donnent des frissons tout partout ! Végétarienne au caractère lunatique qui passe du rire aux larmes bien trop facilement, elle se prend à rêver à des utopies à la Star Trek ou encore une romance à la Pocahontas – au détour de la rivière sous un saule pleureur-mamie gâteaux.

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